En 2023, plus de 80 % des entreprises du Fortune 500 déclaraient rencontrer des difficultés à recruter des profils spécialisés en cybersécurité, cloud ou intelligence artificielle. Parallèlement, la durée de vie moyenne d’une compétence informatique chute à moins de deux ans, selon une enquête du MIT.
L’automatisation des tâches techniques progresse, mais la demande en experts capables d’orchestrer, d’optimiser et de sécuriser ces systèmes continue d’augmenter. Les besoins évoluent plus vite que les cursus de formation, dessinant un paysage où la rareté des compétences devient un facteur stratégique déterminant pour la compétitivité.
Panorama des grandes tendances IT à l’horizon 2040
La transformation numérique avance sur plusieurs fronts à la fois. L’intelligence artificielle agentique s’invite désormais dans le pilotage de processus complexes : prise de décisions, planification, adaptation. L’IA générative modifie en profondeur la façon dont les entreprises produisent, organisent et transforment l’information, obligeant à repenser l’organisation et la stratégie.
Les infrastructures suivent ce mouvement. Les semi-conducteurs spécialisés (GPU, NPU, ASIC) font exploser les capacités de calcul et d’apprentissage. Le cloud computing héberge massivement données et intelligences, et l’edge computing rapproche la puissance de calcul des utilisateurs finaux comme des objets connectés. Les réseaux 5G et 6G accélèrent la connectivité et rendent possibles des cas d’usage industriels exigeant une réactivité immédiate. Grâce aux satellites LEO, la barrière géographique s’efface : la couverture réseau tend vers le global, sans couture.
Ce paysage s’incarne dans des usages concrets, qui façonnent la demande en compétences et en métiers :
- déploiement des réalités immersives dans la formation, la conception industrielle, la santé,
- essor de la robotique intelligente dans la logistique, les soins, la fabrication,
- progrès de la bio-ingénierie et de la biologie de synthèse, au service de la santé publique et de l’agriculture,
- transformation de la mobilité : véhicules autonomes, drones, nouveaux modèles logistiques.
Impossible d’ignorer l’urgence autour de la cybersécurité et de la confiance numérique. Les avancées en calcul quantique promettent déjà de bouleverser la sécurité des échanges et la gestion des actifs critiques. Les acteurs mondiaux du cloud renforcent leur domination, mais la question de la souveraineté numérique occupe une place centrale, notamment en Europe.
L’empreinte écologique des systèmes numériques entre dans l’équation : analyse du cycle de vie des équipements, optimisation énergétique des réseaux, soutien actif aux énergies renouvelables. Les données issues des constellations de satellites deviennent le carburant d’une innovation moins centralisée, davantage orientée vers la durabilité.
Quelles compétences et métiers seront les plus recherchés dans le numérique de demain ?
Les nouveaux usages créés par l’IA générative et agentique bouleversent la donne sur le marché du travail. L’automatisation avec des assistants intelligents suscite de nouveaux rôles pour piloter, modérer et superviser l’action des intelligences artificielles. Les métiers d’architecte de flux d’automatisation et de concepteur de prompts s’installent dans les effectifs informatiques et les laboratoires d’innovation.
L’essor de la robotique intelligente, tirée par l’IA, fait émerger de nouveaux profils : ingénieurs du logiciel capables de relier le physique et le numérique, experts de la sécurité des systèmes embarqués, spécialistes des interfaces homme-machine. Ceux qui maîtrisent autant la cybersécurité que la gestion de la confiance numérique deviennent irremplaçables. Les DSI élargissent leur recherche à des analystes capables de maintenir la résilience et la conformité, dans un univers où la donnée circule entre le cloud, l’edge et les réseaux satellites.
La demande se concentre notamment sur plusieurs métiers distincts :
- Ingénieur IA agentique : développement, supervision et maintenance des flux automatisés et autonomes,
- Architecte cloud/edge : conception d’écosystèmes hybrides et gestion d’énormes volumes de données,
- Responsable cybersécurité avancée : anticipation des menaces, pilotage de la défense des systèmes vitaux,
- Data scientist spécialisé IA générative : valorisation des données, conception de solutions sur mesure,
- Expert réalités immersives : créations d’applications pour l’industrie, la santé ou la formation.
Au-delà des techniciens purs, le marché réclame aussi des profils hybrides, capables de naviguer entre technologies émergentes, nouveaux usages et conformité aux réglementations. Ceux qui allient compréhension des enjeux humains et maîtrise du numérique auront le champ libre pour bâtir l’IT de demain.
Entre innovations technologiques et nouveaux défis : ce que les entreprises doivent anticiper
La régulation du numérique se raffermit fortement, portée par l’Europe et une batterie de textes structurants : RGPD, DSA, DMA, IA Act, Data Act, Cyber Resilience Act. Pour les entreprises, s’aligner sur ces règles devient un passage obligé : gestion rigoureuse des données, exactitude dans la conformité, fiabilité des systèmes critiques. Désormais, la confiance numérique s’impose comme la boussole de chaque stratégie d’innovation.
La transition écologique n’épargne pas le secteur. Les micro-grids déploient leurs solutions d’énergie décentralisée, l’IA affine la gestion intelligente de la consommation, et les réseaux misent sur l’optimisation en temps réel. Face aux 50 millions de tonnes de déchets électroniques produits en 2020, dont à peine 20 % récupérés, les entreprises doivent appliquer avec rigueur des politiques d’achats durables et veiller à rallonger la durée de vie de leurs équipements informatiques.
Nouveaux usages, nouveaux champs d’intervention : la justice s’appuie sur l’intelligence artificielle pour automatiser la résolution des litiges, tandis que des collectifs innovent dans la conception même de l’IA de demain. Les labels, comme celui prônant l’IA inclusive, valident et diffusent des pratiques responsables et diversifiées dans la conception de ces technologies. Intégrer ces référentiels dès aujourd’hui, c’est préparer un développement pérenne et cohérent.
Les équilibres géopolitiques eux-mêmes évoluent au rythme des innovations spatiales. Les constellations LEO, à l’image de Starlink, Project Kuiper ou Beidou, modifient l’accès global à la connectivité. Face à l’offensive technologique de la Chine, les États-Unis affûtent leur riposte, sur fond de discussions à l’échelle onusienne pour poser les bases d’une gouvernance partagée de l’espace numérique. Pour les organisations, le défi est de composer avec cette réalité mouvante, d’arbitrer entre souveraineté, compatibilité et sécurité.
Recommandations clés pour préparer votre organisation à l’informatique du futur
Ériger une vraie stratégie autour de la cybersécurité devient incontournable. L’heure est venue de renforcer les outils, former les équipes et installer une vigilance collective à chaque échelon. Impossible d’avancer sérieusement sans bâtir ce socle de confiance numérique, que l’on adopte l’intelligence artificielle ou que l’on modernise son cloud computing.
La performance doit désormais s’équilibrer avec la question de la souveraineté numérique. La domination des hyperscalers mondiaux impose la diversification des opérateurs et une attention accrue à la conformité européenne (RGPD, DSA, DMA, IA Act, Data Act, Cyber Resilience Act). Les DSI doivent s’appuyer sur de nouveaux outils pour anticiper les changements, négocier au mieux et s’adapter à l’évolution rapide de la réglementation et des rapports de force géopolitiques.
Porter une attention sincère à l’impact environnemental s’impose comme une nouvelle norme : intégrer les principes d’écoconception, rallonger la durée de vie des matériels, privilégier des partenariats responsables. Le volume de déchets électroniques mis en lumière par le Global E-waste Monitor rappelle que chaque levier de sobriété compte : penser long terme plutôt que multiplier les remplacements.
Pour donner corps à cette transformation et l’ancrer dans la durée, quatre axes tracent la feuille de route :
- renforcer la sécurité et la résilience technique,
- organiser la gouvernance des données et rester en phase avec les obligations réglementaires,
- miser sur l’innovation inclusive, éthique et responsable,
- maîtriser l’impact écologique de tous les projets et processus numériques.
Dans ce monde numérique en constante évolution, ceux qui anticipent, qui engagent vraiment leur transformation, tracent déjà la voie et s’offrent une belle longueur d’avance pour demain.


